Expositions 2015

 (Dé)figurations
 
Christophe Avella-Bagur - Jean-Luc Blanchet - Vania Comoretti - LiFang - Régis Gonzalez  Eric Manigaud - Yan Pei-Ming 
Peintures et oeuvres sur papier 
Exposition du 14 novembre 2015 au 16 janvier 2016

 

Vernissage : le samedi 14 novembre à partir de 18h

 

La question du visage traverse le XXe siècle : elle interroge notre rapport au monde avec une acuité que ni l’Histoire ni l’actualité la plus proche n’ont jamais démentie. On songe bien sûr aux relevés anthropométriques des visages de détenus effectués par Bertillon, aux gueules cassées de la Première Guerre mondiale, on songe aux expérimentations pseudo-scientifiques des nazis, à cette entreprise d’anéantissement du visage que furent les camps d’extermination, à cette négation programmée et systématique de toute humanité : jamais le bourreau ne verra le visage de la victime qui avance le regard baissé vers sa fin prochaine. On songe aussi aux images que la télévision diffuse à tombeau ouvert : visages d’anonymes criant leur détresse après une catastrophe, aussitôt oubliés par le téléspectateur dans le tsunami d’émotions qui le submerge chaque jour. Pourtant, comment oublier le visage de cette petite colombienne, le corps enfoncé jusqu’au cou dans la boue, mourant en direct devant les caméras qui filmaient son agonie ? On songe aux projets délirants des transhumanistes, des prophètes de l’innovation technologique qui fantasment un homme-machine, on songe aux inventions démoniaques de la chirurgie esthétique charcutant les visages jusqu’à la monstruosité. Pourtant, comment ne pas se réjouir devant les miracles de la chirurgie réparatrice qui reconstruit les visages brisés par les accidents de la vie ?
De ce chaos d’images douloureuses et tragiques les artistes ont toujours été les témoins fascinés : l’histoire des formes rend compte des ravages infligés à la figure humaine tout au long du XXe siècle. Il est impossible de dresser ici la liste des artistes qui ont mené à l’envi cette entreprise de défiguration, de Picasso à Dieter Appelt, de Bacon à Arnulf Rainer en passant par Soutine, Michaux et Orlan… « Le grand débat de l’art de notre temps, écrivait Jean Clair en 2002, n’aura pas été le débat de la figuration et de l’abstraction, il aura été le débat de la représentation du visage et de son impossibilité. » Comment peindre un visage aujourd’hui, après la Shoah? Faut-il encore souscrire à la célèbre admonestation d’Adorno selon laquelle « toute culture consécutive à Auschwitz, y compris sa critique urgente, n’est qu’un tas d’ordures » ?
Les artistes qui participent à l’exposition « (Dé)figurations » sont éminemment travaillés par la question du visage. Ils en offrent, chacun à sa manière, une vision originale et troublante. Cependant, malgré les déformations qu’ils font parfois subir à la figure humaine et qui semblent lui retirer son unité ontologique, malgré les défigurations blasphématoires qui peuvent inspirer dégoût et/ou fascination, nous reconnaissons dans les représentations qu’ils nous donnent à voir l’image de notre être, « un être de chair – que dis-je, de chair ? – de viande, de bidoche, de sang, de larmes, de sueurs, de larmes, de merde, d’intelligence et de tendresse, d’autres choses encore, à l’infini, mais aucune niant les autres ou mieux : chacune saluant les autres » (Jean Genet). Car ces triturations, ces défigurations, que la figure endure, loin de les nier, exaltent et magnifient la présence du visage, sa beauté secrète, sa présence mystérieuse. D’une manière ou d’une autre, en disparaissant, le visage fait encore et toujours apparition.                            F. Treppoz

Dans l’espace Showroom de la galerie, vous pourrez découvrir des oeuvres récentes de Philippe Cognée.

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Cognée

 

 

DOMINIQUE BLAISE

ACCROCHAGE(S)

Exposition du 05 septembre au 13 octobre 2015

Le couvert dressé

Le couvert dressé – 2015 – Couvert avec huit serre-joints

Vernissage : le samedi 5 septembre à partir de 18h

 

Vous allez voir ce que vous allez voir

Nous suivons le travail de Dominique Blaise depuis de nombreuses années avec un intérêt jamais démenti, une curiosité toujours renouvelée. Il faut dire que l’artiste est un familier de la galerie Domi Nostrae. Dès le début des années 90, il expose dans nos murs et envahit notre espace en utilisant le « matériau » qu’il trouve sur place : il met nos meubles en lévitation dans le salon, il accroche un couvert au plafond dans la salle à manger, il construit une colonne de livres de poche dans notre bureau, et nous oblige à vivre pendant deux mois dans le couloir, quelque peu inquiets à l’idée que tout puisse s’effondrer. Mais, comme toujours, ses œuvres tiennent bon, tant il maîtrise ses constructions dans l’espace avec un art consommé de l’équilibre. En 2003, il remet le couvert dans les nouvelles salles de la galerie et conçoit une installation composée d’assiettes et de verres, de fourchettes et de couteaux retenus par de simples fils transparents comme s’ils flottaient dans l’espace. Les visiteurs sont impressionnés par cette œuvre à la fois spectaculaire et d’une grande simplicité. Par-delà le tour de force, nous garderons longtemps en mémoire sa présence délicate et fragile, sa construction rigoureuse et précise, silencieuse comme une nature morte de Francisco de Zurbaran, d’une épure presque janséniste comme une vanité de Philippe de Champaigne.

On connait l’assertion tautologique que Franck Stella emploie pour commenter ses peintures abstraites : « Ce que vous voyez est ce que vous voyez». Pour parler du travail de Dominique Blaise, il serait plus juste de dire : « Vous allez voir ce que vous allez voir. » En effet, quand l’artiste investit un espace, c’est de façon à la fois minimaliste et spectaculaire. Pour sa nouvelle exposition à la galerie Domi Nostrae, il prend possession d’un appartement de type haussmannien de 160 m2. Tout en déclinant ses propositions avec une rigueur tirée au cordeau et une économie de moyens remarquable, il sait attraper l’attention du spectateur et la retenir dans ses rets avec une fantaisie baroque qui ne manque ni d’humour ni d’à-propos. Ca tire à hue et à dia. Ca part dans tous les sens. Ca fend l’espace, ça le traverse. Ca le possède et le transforme. Une fois de plus, on ne saurait dire comment ça tient (au sens propre et au sens figuré), mais – justement – ça tient. Les installations de Dominique Blaise ont l’insoutenable légèreté de l’existence, sa profondeur fragile et inquiète. Elles nous parlent de peinture sans en faire, de sculpture sans la pratiquer : est-ce pour mieux désorienter notre regard, détourner notre attention des sentiers trop balisés de l’art? Nous avons beau suivre le fil de l’exposition, impossible de démêler l’écheveau conçu par l’artiste pour nous désorienter. Et le regardeur est à la fois émerveillé par son appréhension virtuose de l’espace, et intrigué par la précision méthodique, la rigueur quasi mathématique avec lesquelles il place ses leurres pour tromper notre regard. Si les installations de Dominique Blaise sont spectaculaires, elles ne sont pas tape-à-l’œil. L’artiste n’a que faire de nous séduire par des artifices trop faciles, des ficelles trop voyantes ; il fait appel à notre intelligence, à notre propre vision de l’art et de son histoire, sans nous imposer une réponse dogmatique, car il nous laisse libre d’interpréter à notre guise les signes qui jalonnent le parcours de son exposition. F. Treppoz 

 

AC/RA 

 

FRANCK LESTARD

La Danse du Pitre

DESSINS ET SCULPTURESchien                                                                                                                                        « Chien », encre sur papier

25 fevrier – 4 avril  2015

 

Site Web de l’artiste 

A propos

AC/RA